Bleu arctique (Agriades glandon) (de Prunner, 1798)

Description : Sur le dessus, les ailes sont bleu grisâtre foncé avec les bordures grises et diffuses chez le mâle, gris foncé ou brun-gris chez la femelle. Chez les deux sexes, l'extrémité de la cellule de chaque aile est marquée d'une forte barre foncée souvent auréolée d'écailles plus pâles, et l'aile postérieure est bordée d'une rangée d'ocelles à centre foncé. Le dessous des ailes est gris, avec destaches noires largement auréolées de blanc, particulièrement sur l'aile postérieure, où la pupille noire est réduite, voire absente. Il peut y avoir une trace d'orange et de bleu sur la plus grande tache, près du bord de l'aile postérieure. Envergure : 17 à 23 mm.

Sous-espèces : Six sous-espèces sont actuellement reconnues en Amérique du Nord, mais nous n'en reconnaissons que quatre. La sous-espèce franklinii est la plus petite et la plus sombre, avec très peu de bleu chez le mâle; elle se rencontre dans l'Arctique, au sud jusque dans le nord de la portion continentale du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest, à la côte ouest de la baie d'Hudson, à la côte arctique du Yukon et de l'Alaska et au nord-est du Canada. La sous-espèce megalo (qui inclut lacustris (T.N. Freeman) et bryanti (Leussler)) est plus grande et a le dessus des ailes en grandepartie bleu acier chez le mâle; elle est présente partout en Colombie-Britannique et dans les montagnes de l'Alberta, ainsi que dans la plupart des régions du Yukon, le sud des Territoires du Nord-Ouest et le nord des provinces des Prairies. La sous-espèce rusticus vit dans les habitats deprairie dans les trois provinces des Prairies et se rencontre au nord jusque dans la tremblaie-parc, et au sud jusqu'au Nouveau-Mexique; dans le sud du Yukon, des formes ressemblant à rusticus sontégalement observées dans des milieux xériques. La quatrième sous-espèce, podarce (C. & R.Felder), vole en Californie et en Oregon. En Eurasie, la sous-espèce nominale glandon, associée aux primulacées, vole dans les montagnes du centre de l'Europe; la sous-espèce aquilo (Boisduval),associée aux fabacées (Astragalus), se situe, au plan de l'apparence, entre la sous-espèce franklinii et la sous-espèce megalo, et se rencontre dans le nord de l'Europe et en Russie. Certains auteurs (p. ex. Ferris, 1989; Emmel et Emmel, 1995) ont élevé quatre à six de ces sous-espèces au rang d'espèce distincte en se fondant principalement sur les préférences de chacune à l'égard des plantes hôtes. Toutefois, comme nos trois sous-espèces présentent des formes intermédiaires dans certaines régions et comme nous connaissons mal leurs préférences alimentaires à l'état larvaire, il nous apparaît prématuré pour l'instant de les traiter comme des espèces distinctes.

Répartition géographique : L'Agriades glandon vole à Terre-Neuve et en Ungava, dans les provinces de l'Ouest, au Yukon, en Alaska, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, jusqu'à l'île d'Ellesmere au nord, et le long de la côte nord du Groenland. Il est absent des Maritimes, de la plupart des régions du Québec au sud du 53°N, et de l'Ontario, à l'exception de quelques localités réparties sur la côte de la baie d'Hudson. L'A. glandon se rencontre également en Europe et en Asie.


Données sur les collections de spécimens


Espèces semblables : Aucune au Canada.

Stades immatures : Les femelles déposent leurs oeufs individuellement sous les feuilles ou sur les fleurs des plantes hôtes, et les chenilles se nourrissent des bourgeons et des fleurs. Les chenilles sont vert pâle, avec des marques rougeâtres sur le dos, et sont couvertes de longs poils fins. À l'état larvaire, l'A. glandon se nourrit sur diverses primulacées, fabacées et saxifragacées et, du moins à Terre-Neuve et dans l'île de Baffin, sur la diapensie de Laponie (Diapensia lapponica), une diapensiacée. Des pontes ont été observées sur la camarine noire (Empetrum nigrum) à Terre-Neuve. La Collection nationale canadienne contient des spécimens de l'île d'Ellesmere qui ont été élevés surla saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia).

Abondance : Le bleu arctique est souvent commun à abondant.

Période de vol : L'A. glandon produit une seule génération par année et vole du milieu de mai (sud du Manitoba) ou du milieu de juin à la fin de juillet dans la plupart des régions, et jusqu'au milieu d'août au Labrador. Dans certaines régions du sud-est de l'Alberta, la sous-espèce rusticus produit rarement une petite génération partielle en septembre (Kondla et Schmidt, 1991).

Comportement et habitat : Le bleu arctique fréquente habituellement les milieux dégagés secs dans la toundra et les régions montagneuses, mais le long de la route de la baie James, au Québec, ainsi qu'en Saskatchewan, il se rencontre à faible altitude sur de petits affleurements rocheux, souvent àdes centaines de kilomètres au sud de la limite des arbres. Dans les provinces des Prairies, la sous-espèce rusticus vole dans des habitats de prairie, souvent dans des régions sablonneuses sèches et, dans le district de la rivière de la Paix, sur des collines sablonneuses peuplées de pins gris.

La description de cette image suit.

Bleu arctique (Agriades glandon megalo). Lac O'Hara, Parc national Yoho, C.-B. P.W. Hall

La description de cette image suit.

Bleu arctique (Agriades glandon franklini). Churchill, Man. J.T. Troubridge

Observations : L'A. glandon a un vol rapide et erratique et se déplace habituellement à seulement quelques centimètres du sol, sauf lors qu'il est dérangé. Dans ce cas, il s'élève parfois à la verticale et se laisse emporter par le vent. En raison de sa coloration grise, il est très difficile à repérer lors qu'il se pose sur le sol. Comme l'hespérie grisâtre (Pyrgus centaureae), le bleu arctique peut facilement être confondu en vol avec un petit papillon de nuit.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.