Damier gorgone (Chlosyne gorgone) (Hübner, 1810)

Description : Le Chlosyne gorgone, un de nos plus petits (envergure : 27 à 38 mm) damiers, est représentatif du groupe, avec le dessus de ses ailes orange ornées detaches et de marques noires. Sur le dessus, l'aile postérieure est marquée d'une rangéede taches submarginales noires, tandis qu'en dessous, elle est gris argenté, avec une bande transversale de taches triangulaires blanches distinctives.

Sous-espèces : Seule la sous-espèce carlota se rencontre au Canada.

Répartition géographique : Le damier gorgone se rencontre principalement dans la région des Grandes Plaines, mais il est également présent dans l'est des états-Unis. Au Canada, il est avant tout une espèce de prairie, bien qu'il forme une population isolée dans le district de la rivière de la Paix en Alberta. Un individu a été capturé au lac Deschambault, en Saskatchewan, parmi des pins gris (Hooper, 1973). Le 6 juin 1891, quatre individus ont été capturés à Scarborough, en Ontario, à l'est de Toronto. D'autres mentions historiques attestent de la présence de l'espèce à Humber Valley, à l'ouest de Toronto, et à London, en Ontario. Récemment, des spécimens capturés en 1907 à White River, dans le district d'Algoma, dans le nord de l'Ontario, ont été découverts dans la collection de l'USNM, à Washington. Toutefois, en l'absence de mentions plus récentes, on croyait l'espèce disparue de l'Ontario (Holmes et al., 1991). En 1996, plus de 12 colonies ont été découvertes dans l'est de l'Ontario, dans une région bordée par Kemptville et Merrickville au nord, et par Spencerville et Brockville au sud.

Espèces semblables : Ce damier se distingue de ses congénères par les lignes noires zigzagantes qui, en dessous de son aile postérieure, délimitent une bande médiane detaches en forme de tête de flèche. Il est plus foncé et vole plus rapidement que le croissant nordique (Phyciodes cocyta), avec lequel il a probablement déjà été confondudans l'Est. [images comparatives]

Stades immatures : La chenille se présente sous trois formes de coloration. Deux deces formes sont noires, avec de petites taches blanches et des lignes longitudinal espâles à peine visibles ou presque imperceptibles chez une, assez nettes chez l'autre. La troisième forme, peu commune, est en grande partie orange. Les trois formes ont desépines noires. Dans l'Ouest, le damier gorgone se nourrit à l'état larvaire sur diverses espèces d'héliantes (Helianthus spp.) et, occasionnellement, d'asters (Aster spp.). En Ontario, il est associé à la rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta) et, occasionellement, aux premier et deuxième stades larvaires, à l'aster lancéolé (Aster lanceolatus) et à l'aster de Nouvelle-Angleterre (A. novae-angliae). La plupart des chenilles des générations printanière et estivale entrent en diapause au début de leur vie larvaire, mais certaines poursuivent leur développement et parviennent à l'âge adulte environ six semaines plus tard. Les jeunes chenilles sont très grégaires.

Abondance : Le damier gorgone peut être commun ou même abondant localement dans les Prairies, en particulier sur le sommet des collines. Dans l'est de l'Ontario, il présente une distribution localisée et est peu commun, et il passe souvent inaperçu.

Période de vol : Dans l'Ouest, le damier gorgone produit une seule génération et vole du début de mai à la fin de juillet. En Ontario, les adultes se rencontrent de la fin de mai au début de juin, puis de juillet au début d'août, et enfin en septembre. Le nombre exactde générations demeure cependant à déterminer.

Comportement et habitat : Dans l'Ouest, ce papillon se rencontre généralement dans les prairies sèches et sur les versants herbeux de colline. En Ontario, il fréquente les friches et les bords de route secs, habituellement en terrain sablonneux sur assise calcaire. Dans l'extrême nord de son aire, il forme des colonies isolées dans des pinèdes clairsemées.

Observations : La découverte de plus d'une douzaine de colonies dans l'est de l'Ontario, par Paul Catling, au printemps de 1996, a surpris la plupart des amateurs de papillons, car le damier gorgone n'avait pas été observé dans l'est du pays depuis plus d'un siècle. Ces colonies se trouvaient dans des friches, des champs sablonneux et secs, des bords de route et des lignes de transport d'électricité. Ces sites ne sont pas des habitats de prairie reliques à l'intérieur desquels l'espèce aurait survécu avant la conversion des terres boisées en terres agricoles. Toutefois, dans la plupart de ces sites, l'abondance de la végétation indigène semble attester de l'existence passée de tels habitats dans la région. Le choix particulier de plante hôte en Ontario (rudbeckie hérissée) donne également à croire que l'espèce a été longtemps présente dans l'Est.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.