Lutin mystérieux (Erora laeta) (W.H. Edwards, 1862)

Description : La femelle de cette petite espèce (envergure : 21 à 24 mm) a le dessus des ailes en grande partie bleu foncé, avec les bordures noires. Chez le mâle, le dessus des ailes est gris foncé, avec une petite zone bleu foncé près du bord de l'aile postérieure. Chez les deux sexes, le dessous des ailes est vert jade, avec une ligne médiane orange irrégulière et la marge orange.

Répartition géographique : Aux États-Unis, le lutin mystérieux se rencontre principalement dans les Appalaches et en Nouvelle-Angleterre. Au Canada, il est présent dans quatre provinces. Son aire y détermine une étroite bande s'étendant de London, en Ontario, où le spécimen type original a été capturé (il n'a cependant pas été observé dans la région de London depuis de nombreuses années), jusqu'à quelques localités isolées du Nouveau-Brunswick (p. ex. Edmundston) et du sud de la Nouvelle-Écosse, en passant par l'est de l'Ontario et le sud du Québec, jusqu'à la ville de Québec au nord.

Espèces semblables : L'Erora laeta ne peut être confondu avec aucune autre espèce au Canada.

Stades immatures : Les stades immatures étaient inconnus jusqu'à récemment, mais on sait aujourd'hui que la chenille est vert jaunâtre avec des marques rouge foncé. On a longtemps supposé que cette espèce était associée au hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia) et, peut-être, au noisetier à long bec (Corylus cornuta). Cette présomption devait être confirmée au cours des années 1980 (Klots et dos Passos, 1981). Jusque-là, aucune chenille n'avait été trouvée sur le hêtre à grandes feuilles, et les femelles refusaient systématiquement de déposer leurs oeufs sur les feuilles de cette essence. C'est un élevage réalisé au Nouveau-Brunswick qui a permis d'élucider le mystère, lorsque des femelles qui avaient refusé de pondre sur du feuillage de hêtre ont soudainement accepté de le faire sur des rameaux fructifères qui leur avaient été présentés accidentellement. Les jeunes chenilles s'attaquent d'abord au brou du faîne, puis s'y enfoncent pour dévorer les graines en formation, éliminant deux ou trois graines durant leur vie larvaire (Reginald Webster, comm. pers.). On comprend désormais pourquoi le noisetier à long bec constitue une solution de rechange acceptable dans les régions où le hêtre est absent, comme le nord du Michigan. Les noisettes en formation sont entourées d'un involucre dur et ont la même consistance et la même apparence laiteuse que les faînes du hêtre.

La description de l'image suit.
Lutin mystérieux (Erora laeta).
Low, Qc. P.M. Catling

Abondance : Considéré comme un des papillons diurnes les plus rares à l'échelle de son aire, le lutin mystérieux peut occasionnellement devenir commun dans certaines localités. Au début des années 1980, jusqu'à 50 individus ont été observés en train de se désaltérer sur quelques chemins forestiers sablonneux, dans les collines de la Gatineau, dans l'ouest du Québec (Layberry et al., 1982).

Période de vol : Dans la plupart des régions de l'est de l'Amérique du Nord où il est présent, le lutin mystérieux produit deux générations par année. Au Canada, toutefois, il semble connaître une seule génération et vole de la mi-mai à la mi-juin.

Comportement et habitat : Au Canada, ce papillon est associé aux grandes forêts mûres de hêtre et d'érable. Il se peut qu'il ne soit pas aussi rare qu'on le croit et qu'il passe la majeure partie de son existence au niveau de la cime des grands hêtres, hors de vue. Il ne se rencontre pas autour des hêtres qui n'ont pas encore atteint leur maturité. On comprend maintenant pourquoi, puisque ces jeunes hêtres ne produisent pas encore de faînes. Il est généralement observé volant à seulement quelques centimètres du sol ou, plus souvent, posé sur le sol, en train de sonder le sable humide avec sa trompe. Dans ces circonstances, il est généralement très peu farouche et se laisse souvent observer ou photographier à quelques centimètres seulement. Il peut cependant se montrer très nerveux à l'occasion; dans ce cas, il s'envole toujours à la verticale pour se réfugier dans la cime duplus grand arbre du voisinage. Il semble qu'il descende jusqu'au niveau du sol pour sonder le sol humide seulement si une combinaison de facteurs bien précis (p. ex. température et humidité) est réunie. Contrairement à ce qu'on note chez la plupart des papillons diurnes, les femelles sont observées beaucoup plus fréquemment que les mâles. On connaît également un certain nombre de cas où des collectionneurs ont eu la surprise de trouver dans leur filet un spécimen de ce mystérieux papillon qu'il avait accidentellement capturé en tentant d'attraper un autre insecte.

Observations : L'Erora quaderna (Hewitson), qui se rencontre de l'Arizona au Guatemala et se nourrit sur diverses espèces de chêne (Quercus spp.) à l'état larvaire, est l'espèce la plus étroitement apparentée au lutin mystérieux.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.