Famille des Hesperiidae

Hespéries

Les Hesperiidae forment une grande famille de papillons diurnes qui compte environ 3 700 espèces à l'échelle mondiale et près de 300 en Amérique du Nord. Au Canada, 72 espèces ont été répertoriées à ce jour. La plupart des espèces sont petites ou de taille moyenne. Les hespéries se distinguent des autres papillons diurnes à leur thorax très musculeux et à leurs ailes petites et courtes. Les trois paires de pattes sont entièrement fonctionnelles chez les deux sexes. La tête est large, et les antennes, très caractéristiques, sont largement séparées à la base. Chez toutes les espèces présentes au Canada, l'extrémité de la massue antennaire est incurvée vers l'extérieur et, chez la plupart des espèces, prolongée d'un apicule, extension pointue brusquement infléchie vers l'extérieur. La plupart des hespéries ont un vol puissant, mais seules quelques espèces ont un comportement migratoire. En vol, les hespéries semblent sautiller d'un endroit à l'autre et battent des ailes très rapidement. La plupart des espèces ont une livrée terne dominée par le brun ou le gris et sont de ce fait souvent confondues avec des papillons nocturnes par les profanes.

Les oeufs sont généralement plus ou moins hémisphériques et, selon les espèces, imperceptiblement ou très finement réticulés ou ornés de côtes verticales bien marquées. Les chenilles sont unies, sans ornementation, nues ou très faiblement pilifères, cylindriques ou fusiformes. Le dernier segment est souvent divisé en deux « queues ». La tête est grosse et mise en évidence par le prothorax, qui est étroit et ressemble de ce fait à un cou. Les chenilles vivent dans un fourreau soyeux qu'elles confectionnent en coupant et en enroulant une ou plusieurs feuilles de la plante nourricière à l'aide de fils de soie. En raison de ce comportement et du fait qu'elles s'alimentent habituellement durant la nuit, elles sont difficiles à trouver, en particulier celles qui se nourrissent de graminées. La chrysalidation a lieu dans le nid de feuilles ou dans un cocon lâchement tissé dans la litière, à proximité de la plante hôte. Les chrysalides sont habituellement relativement rondes et lisses, et la trompe est plus visible que chez les autres groupes de papillons diurnes.

Parmi les six sous-familles que compte la famille des Hesperiidae, quatre sont présentes en Amérique du Nord, et trois au Canada.

Sous-famille des Pyrginae

À l'échelle mondiale, la sous-famille des Pyrginae réunit près du tiers de toutes les espèces d'hespéries. Le Canada, avec ses 24 espèces (sur les 72 espèces que compte la famille), n'échappe pas à cette tendance. À l'âge adulte, les Pyrginae diffèrent moins des autres groupes de papillons diurnes que les autres sous-familles, leur aspect étant plus ou moins intermédiaire à celui de ces deux grands groupes. Seules les antennes, avec leur massue incurvée en forme de banane prolongée d'un apicule brusquement infléchi, sont nettement distinctes.

Presque toutes nos espèces ont les ailes brun foncé ou grises, avec des marbrures relativement indistinctes et, souvent, de petits groupes de taches blanches ou translucides. Chez certaines espèces, les mâles ont des taches foncées d'écailles odoriférantes appelées androconies sur les ailes. Ces taches sont souvent difficiles à distinguer contre le fond de l'aile, qui est souvent gris foncé. Chez d'autres espèces, les écailles odoriférantes sont contenues dans une section repliée de la costa de l'aile antérieure.

Les chenilles se nourrissent de nombreuses dicotylédones. Au Canada, les plantes hôtes sont généralement des salicacées, des fagacées, des fabacées (= légumineuses) et des malvacées. La connaissance des exigences liées à l'habitat des plantes hôtes aide souvent à départager des paires d'espèces étroitement apparentées dont l'identification, autrement, peut exiger une dissection des pièces génitales.

Genus Erynnis Schrank, 1801

Cet important genre compte 17 espèces de taille moyenne en Amérique du Nord, et un nombre encore plus élevé dans l'Ancien Monde. Treize espèces, toutes brun foncé, se rencontrent au Canada. L'aile antérieure est habituellement saupoudrée d'écailles gris blanchâtre et marquée d'un nombre variable de petites taches blanches ou translucides, tandis que l'aile postérieure est marginée de taches jaunes diffuses. Les autres dessins ou marques qui ornent les ailes sont habituellement dans des teintes de gris légèrement plus pâles ou plus foncées. Chez les mâles de la plupart des espèces, le ptérostigma est caché par un repli d'une section de la costa de l'aile antérieure. Les mâles des espèces Erynnis icelus, E. zarucco, E. funeralis, E. persius, E. lucilius, E. afranius et E. baptisiae possèdent une touffetibiale (touffe de longs poils) sur la patte postérieure. Ce critère aide à distinguer l'E. icelus de l'E. brizo et l'E. zarucco de l'E. horatius et à séparer les quatre espèces du groupe persius.

L'identification des espèces d'Erynnis est souvent difficile et nécessite parfois l'examen des pièces génitales. C'est notamment le cas lorsque les spécimens sont en mauvais état ou lorsqu'on soupçonne une importante extension d'aire. Au Canada, un examen minutieux des cartes de répartition de chaque espèce réduit habituellement de façon marquée le nombre de possibilités et rend superflu l'examen des pièces génitales.

Les plantes hôtes sont toujours des dicotylédones, habituellement des salicacées, des fagacées, des rhamnacées et des fabacées. Les chenilles mènent une existence solitaire dans un nid de feuilles sur la plante hôte et hibernent avant d'avoir achevé leur développement. Leur corps est trapu, couvert de petites protubérances ou de petits tubercules. Elles ont un comportement léthargique.

Contrairement à la plupart des hespéries, les Erynnis spp. se posent généralement sur le sol plutôt que sur les plantes. Ils adoptent alors une position caractéristique, rabattant leurs ailes vers le bas comme s'ils cherchaient à les maintenir fermement contre le sol ou la pierre ou la grosse branche sur laquelle ils sont posés. Grâce à ce comportement, on peut les reconnaître à bonne distance, bien avant d'avoir pu observer leurs marques caractéristiques. Lorsqu'ils se perchent sur une ramille ou une inflorescence, ils l'enserrent souvent partiellement de leurs ailes.

Sous-famille des Heteropterinae

L'échiquier est le seul représentant de cette petite sous-famille au Canada. Les espèces de cette sous-famille ne possèdent pas d'apicule au bout de l'antenne et maintiennent leurs ailes selon un angle de 45 degrés lorsqu'ils se font chauffer au soleil. Les plantes hôtes sont des graminées.

Sous-famille des Hesperiinae

La sous-famille des Hesperiinae est représentée par 47 espèces au Canada. La plupart des espèces sont de petite taille et de couleur brun orangé. Collectivement, les Hesperiinae se reconnaissent facilement à leur corps trapu et à leurs ailes courtes, mais l'identification des espèces peut soulever des difficultés. C'est la raison pour laquelle le groupe rebute souvent les collectionneurs débutants. Le fait que les deux sexes soient généralement différents ne fait qu'empirer la situation. Les mâles possèdent une tache androconiale foncée sur l'aile antérieure; les femelles diffèrent à maints autres égards et présentent souvent des zones sombres plus étendues. Les dessins en dessous de l'aile postérieure constituent souvent le seul critère fiable permettant d'associer les femelles aux mâles de leur espèce. Pour mener à bien cet exercice, il faut habituellement avoir en main le spécimen à identifier, car les Hesperiinae, lorsqu'ils se font chauffer au soleil, maintiennent leurs ailes dans une position (les ailes postérieures sont tenues à l'horizontale, et les ailes antérieures, presque à la verticale) qui ne permet généralement pas d'observer ces motifs.

Chez la plupart des espèces, le bord des tibias (portion médiane des pattes) est hérissé de rangées d'épines émergeant parmi les écailles couvrant les pattes; ces épines s'ajoutent aux deux longs éperons apicaux écailleux de la patte médiane et aux deux éperons subapicaux et apicaux de la patte postérieure. Ces épines font défaut chez les Pyrginae. Leur disparition chez certains groupes d'Hesperiinae peut orienter l'identification. Les épines peuvent être absentes sur les pattes postérieures (p. ex. Oarisma), les pattes médianes (p. ex. Euphyes), les pattes antérieures et postérieures (p. ex. Thymelicus) ou toutes les pattes (p. ex. Ancyloxypha). L'absence d'épines tibiales sur les pattes médianes constitue le critère le plus fiable pour distinguer les femelles d'Euphyes vestris de celles d'autres espèces semblables (p. ex. Wallengrenia egeremet).

Les plantes hôtes sont toujours des monocotylédones, en général des graminées et des cypéracées. En raison des difficultés que soulèvent l'identification des graminées et la recherche des nids construits par les chenilles parmi des millions de tiges de graminées, très peu de chercheurs se sont attachés à identifier les plantes hôtes de la plupart des espèces. La plupart des Hesperiinae affichent des préférences très marquées pour un type d'habitat particulier et, dès lors, probablement pour des plantes hôtes précises. Toutefois, seule une fraction des plantes hôtes ont été identifiées, et la plupart des rapports mentionnent simplement que les chenilles acceptent de nombreuses espèces de graminées en captivité. Le nombre de plantes hôtes connues au Canada est très faible. Ce secteur de recherche demeure à peu près inexploré.

Genre Hesperia Fabricius, 1793

Cet important genre compte une vingtaine d'espèces en Amérique du Nord, et onze au Canada. Une de ces espèces, l'hespérie comma (Hesperia comma), se rencontre depuis l'ouest de l'Europe jusque dans l'est de l'Asie et, en Amérique du Nord, de la côte du Pacifique à la côte de l'Atlantique. Nombre de ses sous-espèces étaient autrefois considérées comme des espèces distinctes et, inversement, certaines espèces valides ont été traitées comme des sous-espèces de l'H. comma. Nous élevons au rang d'espèce deux taxons considérés jusqu'ici comme des sous-espèces de l'H. comma. D'autres changements nomenclaturaux sont à prévoir à mesure que les recherches consacrées à ce genre complexe se poursuivront.

Le genre Hesperia réunit des hespéries de taille moyenne qui se reconnaissent facilement en tant que groupe mais qui sont souvent difficiles à départager l'une de l'autre. Chez la plupart de nos espèces, le brun orangé domine (les femelles de quelques espèces sont brunes), l'aile antérieure est longue et pointue et l'apicule est court. Presque toutes les espèces ont en dessous de l'aile postérieure une bande médiane courbe de taches pâles. Cette bande est un caractère taxonomique utile. Chez les mâles, le ptérostigma est long, étroit, faiblement incurvé, noir et légèrement surélevé par rapport au reste de l'aile antérieure. Les androconies sont noires chez la plupart des espèces, mais jaunes chez deux espèces canadiennes. Pour en déterminer la couleur, il suffit de frotter l'extrémité d'une aiguille fine contre le ptérostigma et d'examiner la couleur des écailles qui restent collées sur la pointe de l'aiguille. La plupart des espèces se distinguent également par leur genitalia.

Toutes les espèces se nourrissent de graminées à l'état larvaire. Les chenilles mènent une existence solitaire dans un nid de feuilles près de la base de la plante hôte, et elles hibernent dans leur nid ou dans la litière, à proximité de la plante nourricière. En nature, toutes les espèces se nourrissent probablement d'une seule ou de quelques espèces de graminées, même si elles se montrent beaucoup moins sélectives en captivité. Au Canada, la plupart des espèces ont une seule génération par année, sauf l'H. nevada, qui en produit deux, et l'H. comma, dont le cycle de vie, dans la portion septentrionale de son aire, semble étalé sur deux ans, l'espèce étant commune les années paires du Manitoba vers l'est, et les années impaires dans le nord-ouest du pays.

Dans l'est du pays, les aires de trois espèces (Hesperia sassacus, H. comma et H. leonardus) se chevauchent. Ces espèces se distinguent facilement les unes des autres, et seul l'H. comma se rencontre dans le nord du pays. Parmi les espèces présentes au Canada, deux groupes d'espèces semblables posent un défi particulier à l'identificateur. Dans le sud des Prairies, les aires de répartition des H. ottoe, dacotae, leonardus pawnee et assiniboia se chevauchent. Chez ces quatre espèces, le dessous des ailes est pâle, la bande médiane de taches est réduite ou absente, et même le dessus des ailes semble habituellement décoloré et usé. Chez le deuxième groupe, composé de six espèces (H. uncas, juba, comma, colorado, pahaska et nevada), le dessous des ailes est foncé, avec des taches médianes bien contrastées. Quatre de ces espèces se rencontrent dans le sud des provinces des Prairies, et quatre, dans le sud de la Colombie-Britannique.

L'H. comma vole en compagnie de presque toutes les autres espèces canadiennes et se rencontre jusque dans la région subarctique, bien au-delà de l'aire des autres espèces. Avant d'entreprendre l'identification des espèces d'Hesperia, il est important d'examiner minutieusement les cartes de répartition. Cet examen permet normalement de réduire à quelques possibilités seulement le nombre d'espèces susceptibles d'être rencontrées dans une région donnée.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.