Famille des Lycaenidae

Moissonneur, cuivrés, porte-queue et bleus

Cette grande famille compte environ 4 000 espèces à l'échelle mondiale, près de 150 en Amérique du Nord et 63 au Canada. Toutes sont de petite taille, et la plupart sont brillamment colorées, souvent avec des reflets métalliques. De nombreuses espèces ont l'aile postérieure pourvue d'une queue courte et fine. Les pattes antérieures sont réduites et dépourvues de crochets tarsaux chez les mâles, mais elles sont de taille et de structure normales chez les femelles.

Les chenilles ont également une apparence inhabituelle. Elles ne sont ni allongées ni cylindriques, contrairement à celles de la plupart des lépidoptères. Elles sont souvent comparées à des limaces, mais cette image est inexacte, car même les limaces ont le corps plus allongé que les chenilles des Lycaenidae. En réalité, avec leur corps passablement aplati dorso-ventralement, trois à quatre fois plus long que large, elles ressemblent davantage à des cloportes. Les chenilles de nombreuses espèces possèdent des glandes qui produisent une sécrétion sucrée dont les fourmis sont très friandes. En retour de ces faveurs, les fourmis s'occupent des chenilles et les protègent des prédateurs. Les chenilles se nourrissent sur diverses familles de dicotylédones, ne consommant souvent que les fleurs et les graines de la plante hôte. Certaines, comme celle du moissonneur, sont carnivores et se nourrissent de pucerons et d'autres insectes. La plupart des espèces hibernent au stade d'oeuf ou de chrysalide.

Sous-famille des Miletinae

Moissonneur

La plupart des membres de cette petite sous-famille vivent en Afrique et en Orient. Les chenilles présentent la particularité d'être carnivores, se nourrissant d'autres insectes comme des pucerons et d'autres homoptères. Le seul représentant nord-américain de cette sous-famille, le moissonneur, se nourrit exclusivement de pucerons.

Sous-famille des Lycaeninae

Cuivrés

Composée principalement d'espèces rouge ou orange métallique, cette sous-famille atteint sa diversité maximale dans l'hémisphère Nord (une seule espèce est connue de l'Amérique du Sud, et trois en Nouvelle-Zélande). Une vingtaine d'espèces ont été répertoriées en Amérique du Nord, et 12 au Canada. Le cuivré d'Amérique (Lycaena phlaeas) se rencontre haut dans la région arctique, jusque dans l'île d'Ellesmere.

Les adultes visitent assidûment les fleurs et se reposent souvent les ailes étalées, qui réfléchissent la lumière du soleil en produisant des reflets métalliques, souvent violacés. Les mâles de la plupart des espèces sont territoriaux et agressifs et se déplacent d'un vol rapide et erratique. Bien que cette sous-famille soit représentée dans toutes les provinces et tous les territoires, les espèces qui la composent forment généralement des colonies localisées, et nombre d'entre elles se rencontrent dans des milieux humides comme les tourbières ou les marécages.

Les femelles déposent leurs oeufs sur la face inférieure des feuilles des plantes hôtes. La plupart des espèces hibernent au stade d'oeuf. Chez certaines espèces, la chenille est déjà formée dans l'oeuf lorsque l'hiver s'amorce.

Sous-famille des Theclinae

Porte-queue

Les Thechlinae constituent la plus grande sous-famille de Lycaenidae. Ils se rencontrent sur tous les continents et atteignent leur diversité maximale dans les tropiques, en particulier dans le Nouveau Monde. Environ 90 espèces ont été répertoriées en Amérique du Nord, et 31 au Canada. De nombreuses espèces forment des populations localisées et ont une aire restreinte qui s'étend jusque dans le sud du Canada. Certaines y sont considérées comme des visiteurs exceptionnels et y sont observées principalement dans le sud de l'Ontario.

La majorité de nos espèces ont le dessus des ailes brun foncé, mais quelques-unes ont les ailes bleu iridescent comme leurs cousins tropicaux. De nombreuses espèces possèdent une ou deux petites queues fines sur l'aile postérieure (d'où leur nom de porte-queue), et la plupart des espèces ont le dessous des ailes plus pâle et parcouru de lignes ondulées ou brisées. Chez de nombreuses espèces, le dessous de l'aile postérieure est orné d'une tache foncée caractéristique au niveau de l'angle anal, immédiatement au-dessus de la queue. Ces espèces se perchent souvent la tête en bas. Cette position accentue la ressemblance de la tache anale et de la queue avec un oeil et une antenne. Au repos, tous nos porte-queue maintiennent leurs ailes bien fermées et frottent leurs ailes postérieures l'une contre l'autre, en faisant remuer leurs queues comme des antennes. Par ce comportement, ils cherchent à leurrer leurs éventuels prédateurs en leur offrant pour cible l'arrière de leur corps. En cas d'attaque, ils parviennent souvent à s'enfuir avec plus de peur que de mal, peut-être avec des dommages, mais bien vivants. Il n'est d'ailleurs pas rare d'observer des porte-queue avec des déchirures ou des traces de bec d'oiseau à l'endroit même où se trouvaient les queues.

La plupart des porte-queue ont un vol rapide et visitent régulièrement les fleurs. Les mâles se perchent souvent sur le feuillage, attendant le passage d'une femelle réceptive. En cas de danger, ils s'envolent rapidement mais reviennent souvent se poser sur la même feuille. Les mâles de nombreuses espèces ont une tache androconiale veloutée près du bord costal de l'aile antérieure; cette tache contient des écailles spécialisées qui émettent une odeur jouant un rôle important dans la parade nuptiale. Les oeufs sont déposés individuellement sur la plante hôte. Chez les espèces qui hibernent au stade d'oeuf, les femelles déposent leurs oeufs sur des tiges ligneuses ou des bourgeons hivernants afin d'éviter qu'ils tombent avec les feuilles en automne. Les chenilles se nourrissent des feuilles, des fleurs ou des fruits d'un grand nombre d'espèces végétales, pour la plupart arborescentes et arbustives. Au Canada, de nombreux porte-queue (p. ex. Satyrium spp.) hibernent au stade d'oeuf, tandis que d'autres, dont les lutins (Callophrys spp.), traversent l'hiver au stade nymphal.

Sous-famille des Polyommatinae

Bleus

Cette grande sous-famille représentée à l'échelle mondiale compte une quarantaine d'espèces en Amérique du Nord, 19 au Canada. Chez presque toutes les espèces, les mâles sont bleus, tandis que les femelles sont partiellement ou parfois complètement brunes ou grises. Le dessous des ailes est orné d'un réseau complexe de taches et de bandes foncées. Les bleus ont les ailes rondes, et la plupart des espèces ont un vol faible. Ils sont généralement observés lorsqu'ils se nourrissent sur les fleurs ou volent autour de leurs plantes hôtes. Très peu d'espèces sont migratrices, quoique les deux premières espèces décrites ci-après aient atteint le Canada à la suite de vols migratoires anormalement longs. Les femelles déposent leurs oeufs individuellement sur les fleurs ou les bourgeons des plantes hôtes, et les chenilles de toutes les espèces vivant au Canada se nourrissent des fleurs ou des fruits de ces mêmes plantes. La plupart des bleus se nourrissent à l'état larvaire sur des fabacées (légumineuses), mais certaines font exception. Selon les espèces, les bleus hibernent à l'état d'oeuf, de chenille ou de chrysalide.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.