Famille des Papilionidae

Parnassiens et porte-queue

Les Papilionidae forment la plus petite famille de papillons diurnes. Toutefois, en raison de leur taille et de leur grande beauté, ils constituent probablement le groupe de papillons diurnes le mieux connu tant des spécialistes que des naturalistes. La famille contient environ 570 espèces à l'échelle mondiale, près de 40 en Amérique du Nord, et 18 au Canada. De nombreuses espèces ont l'aile postérieure prolongée d'une queue, d'où leur nom de porte-queue. Les six pattes sont entièrement fonctionnelles au stade adulte. Les chenilles se nourrissent de dicotylédones. Chez certaines tribus, les chenilles se nourrissent de plantes toxiques et emmagasinent les toxines synthétisées par ces plantes jusqu'à l'âge adulte, signalant leur goût désagréable au moyen de couleurs vives. Les chenilles sont généralement inermes, mais elles possèdent un osmeterium, organe fourchu émettant une forte odeur qu'elles peuvent faire jaillir du thorax pour repousser leurs prédateurs.

Sous-famille des Parnassiinae

Parnassiens

La sous-famille des Parnassiinae est représentée par une cinquantaine d'espèces dans l'hémisphère Nord, dont cinq en Amérique du Nord. Quatre de ces espèces se rencontrent au Canada. La cinquième espèce est le Parnassius behrii W.H. Edwards, espèce qui vit en altitude en Californie (Shepard et al., 1994).

Les parnassiens sont des papillons de montagne. Certaines espèces volent à très haute altitude, parfois même au-dessus de la neige. Les papillons diurnes qui vivent à haute altitude forment souvent des colonies isolées, même lorsqu'elles habitent des chaînes de montagnes voisines. En conséquence, de nombreuses populations isolées génétiquement produisent des formes localisées et des sous-espèces. C'est particulièrement vrai chez les parnassiens.

Bien qu'ils semblent passablement différents des porte-queue, les parnassiens leur sont étroitement apparentés. Les chenilles possèdent un osmeterium, organe dévaginable émettant une odeur musquée répulsive pour les prédateurs. Elles peuvent s'introduire dans des endroits exigus, ce qui leur permet de se chrysalider dans le sol ou sous des pierres. Elles imiteraient des diplopodes (mille-pattes) toxiques.

Ces papillons sont adaptés aux climats froids et venteux. Leur corps très velu leur permet de conserver leur chaleur. À haute altitude, ils sont souvent plus foncés, ce qui leur permet d'absorber plus efficacement les rayons solaires. Ils volent près du sol ou se reposent parmi les graminées afin d'éviter les pertes de chaleur causées par le vent. Au repos, les adultes maintiennent souvent leurs ailes à plat contre le substrat rocheux afin de mieux absorber la chaleur du soleil.

Les parnassiens n'ont pas un comportement nuptial semblable à celui des autres papillons diurnes. Les mâles patrouillent leur territoire à la recherche de femelles et, lorsqu'ils en repèrent une, ils l'approchent directement et s'accouplent immédiatement. Ils se distinguent de tous les autres papillons par leur capacité de produire un sphragis. Il s'agit d'une poche cireuse que les mâles collent à l'extrémité de l'abdomen des femelles qu'ils ont fécondées afin de les empêcher de s'accoupler avec d'autres mâles.

Sous-famille des Papilioninae

Porte-queue

Cette sous-famille compte des représentants sur tous les continents et englobe toutes les autresespèces de la famille, à l'exception du Baronia brevicornis (Salvin), espèce primitive du sud duMexique. Les Papilioninae sont des papillons de grande taille, tropicaux pour la plupart. Ils forment probablement le groupe de papillons diurnes le mieux connu du grand public. Outre leur grande taille, ils captent l'attention par leur habitude de visiter les jardins à la recherche de fleurs nectarifères. L'aile postérieure des 14 espèces présentes au Canada est prolongée d'au moins une queue bien évidente.

Les chenilles présentent également certaines caractéristiques distinctives qui facilitent leur identification. Lorsqu'elles sont dérangées, elles font jaillir leur osmeterium, organe spécial semblable à une paire d'antennes charnues situé immédiatement derrière la tête. Cet organe émet une odeurdésagréable qui repousse les éventuels prédateurs. Les jeunes chenilles, marbrées de noir et de blanc, ressemblent souvent à des déjections d'oiseaux et trompent ainsi les oiseaux et les lézards qui pourraient tenter de les attaquer. Les chrysalides sont retenues à la plante sur laquelle elles se sont formées par une ceinture faite de plusieurs fils de soie.

Dans les tropiques, les chenilles de nombreuses espèces de porte-queue se nourrissent sur des plantes telles que l'aristoloche (Aristolochia), dont le feuillage contient de fortes toxines répulsivespour les herbivores, dont les chenilles de nombreuses espèces de papillons. Les chenilles de porte-queue, dont celles du Battus philenor, rencontré dans l'extrême sud du Canada, peuventemmagasiner ces toxines dans leur corps. Elles acquièrent ainsi un mauvais goût et peuvent même devenir toxiques pour leurs prédateurs.

Les mâles de certaines espèces convergent vers le sommet des collines et y établissent un territoire qu'ils patrouillent assidûment. Les mâles émergent souvent avant les femelles. Peu de temps après leur émergence, les femelles se dirigent à leur tour vers le sommet des collines pour s'accoupler avec les mâles qui y ont déjà élu domicile.

Deux des quatorze espèces de porte-queue répertoriées au Canada, à savoir l'Eurytides marcellus et le Battus philenor, appartiennent à des genres qui sont connus uniquement du sud de l'Ontario au pays. Dix des autres espèces sont réparties dans deux groupes, soit les groupes Papilio glaucus et Papilio machaon. Leur identification et leur classification ont souvent été une source de confusion et de désaccord parmi les lépidoptéristes. Au fil des ans, les définitions des espèces et des sous-espèces à l'intérieur de ces groupes ont changé considérablement. Des études physiologiques et génétiques menées à bien par divers auteurs, dont Brower (1959), Fisher (1977), Sperling (1987), Hagen et al. (1991) et Tyler et al. (1994), ont permis d'accroître considérablement notre compréhension de ces groupes, et notre traitement des taxons qui les composent est largement fondésur les conclusions de ces auteurs. L'identification de certaines espèces, en particulier celles dugroupe Papilio machaon, soulève des difficultés particulières. Le lecteur est invité à consulter la description des sous-espèces et les cartes de répartition accompagnant la description des espèces avant de tenter d'identifier les espèces appartenant à ces groupes.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.