Nordique des tourbières (Oeneis jutta) (Hübner, 1806)

Description : Le dessus des ailes est brun noirâtre foncé. L'aile antérieure est ornéed'une à quatre (habituellement trois) taches jaunâtres à orange formant parfois une bande, tandis que l'aile postérieure en porte habituellement cinq. La plupart des tachessur l'aile antérieure et jusqu'à deux des taches sur l'aile postérieure sont pupillées denoir. Les mâles ont une tache androconiale diagonale diffuse au centre de l'aile antérieure. En dessous, l'aile antérieure est habituellement ornée de deux ocelles, etl'aile postérieure, d'un ocelle; ces ocelles sont répétés en dessous des ailes, mais ilssont habituellement plus petits et pupillés de blanc. Le dessous de l'aile postérieure est indistinctement marbré de brun foncé et de gris, et le bord externe des ailes est blanc, entrecoupé de taches brun foncé. La bande médiane plus foncée varie en intensité et peut-être inexistante à distincte. Envergure : 35 à 55 mm.

Sous-espèces : La sous-espèce nominale vit en Europe. Huit sous-espèces peu différenciées ont été décrites en Amérique du Nord; sept d'entre elles se rencontrent au Canada. La sous-espèce ascerta, qui vole dans l'est du Canada jusqu'au sud-est du Manitoba, est décrite au paragraphe précédent. La sous-espèce terraenovae, de Terre-Neuve, est grande, avec la bande de taches sur le dessus des ailes jaune brillant. Chezla sous-espèce ridingiana, connue du sud-ouest du Manitoba et de la Saskatchewan, les bandes jaunes sont plus continues et se fondent généralement dans le fond des ailes plus foncé. La sous-espèce harperi, du nord du Manitoba et de l'est des Territoires du Nord-Ouest, a de plus grands ocelles noirs. La sous-espèce chermocki, de l'ouest de l'Alberta et du sud de la Colombie-Britannique, a un peu moins de jaune sur les ailes quela sous-espèce typique ridingiana. La sous-espèce leussleri, de l'ouest des Territoires du Nord-Ouest, est très foncée, avec peu de jaune autour des ocelles noirs. La sous-espèce alaskensis, du Yukon et de l'Alaska, ressemble à la sous-espèce ascerta, maiselle est plus petite et a les ailes plus translucides.

Répartition géographique : L'aire de l'Oeneis jutta s'étend de l'est de la Fennoscandieà la Sibérie et, en Amérique du Nord, de Terre-Neuve et du Labrador jusqu'en Colombie-Britannique et, vers le nord, jusqu'au Yukon et en Alaska, en passant par l'ouest des Territoires du Nord-Ouest. Vers le sud, le nordique des tourbières se rencontre jusque dans le nord de la Nouvelle-Angleterre, le nord des états des Grands Lacs et les états des Rocheuses. Il est absent de l'île du Prince-édouard, du sud-ouest de l'Ontario et des côtes du Pacifique et de l'Arctique.

Espèces semblables : L'O. jutta est le seul nordique foncé chez qui les ocelles sontentourés d'orange.

Stades immatures : La chenille est vert pâle, avec des bandes vertes et blanches surles côtés et des poils rougeâtres. La tête est brun rougeâtre ou verdâtre, avec six rangées de points brunâtres. à l'état larvaire, le nordique des tourbières se nourrit surdiverses cypéracées, dont la linaigrette dense (Eriophorum spissum), le carex de Geyer(Carex geyeri) et le carex élégant (C. concinna). En captivité, il accepte des graminées,des cypéracées et le jonc articulé (Juncus articulatus), mais il semble préférer les cypéracées (Scott, 1986).

La description de l'image suit
Nordique des tourbières
(Oeneis jutta harperi).
Churchill, Man. J.T. Troubridge

Abondance : Cette espèce est souvent commune localement.

Période de vol : Le nordique des tourbières vole de la fin de mai au milieu de juin dans l'est de l'Ontario, de la fin de juin à la fin de juillet à Churchill, et jusqu'en août à Terre-Neuve et au Labrador. L'espèce est bisannuelle, volant les années paires dans le sud-ouest du Manitoba et plus à l'ouest, et principalement les années impaires dans l'est dupays, à partir du sud-est du Manitoba; à Churchill et dans la tourbière de la Mer Bleue, près d'Ottawa, les adultes sont présents chaque année.

Comportement et habitat : Dans la majeure partie de son aire, l'O. jutta se rencontre uniquement dans les tourbières à épinette noire et à mélèze et dans la taïga et toundra humides, mais en Alberta et en Colombie-Britannique, il vole dans les clairières et lelong des sentiers dans les forêts de pin tordu latifolié. Dans les tourbières des régions situées plus à l'est, il préfère les lisières des secteurs boisés aux zones plus dégagées. Il se perche souvent sur les troncs d'arbre. Lors qu'il est dérangé, il vole habituellement très rapidement, autour ou à l'intérieur du peuplement, très rarement en direction des zones dégagées de la tourbière. S'il ne se sent pas trop inquiété, il revient souvent sepercher au même endroit quelques minutes plus tard. Au Manitoba et dans l'est de l'Ontario, des adultes ont été observés en train de se nourrir sur des fleurs de thé du Labrador (Ledum groenlandicum).

© 2002. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.