Hespérie voyageuse (Poanes viator) (W.H. Edwards, 1865)

Description : Chez le mâle, les ailes sont orange vif, largement marginées de noir, les bordures s'étendant sur près de la moitié de chaque aile; le ptérostigma est absent, mais il est remplacé par deux grandes taches noires. Chez la femelle, les ailes sont d'un orange plus pâle, mais les marques noires sont plus étendues; l'aire orange sur l'aile postérieure devient de couleur paille vers l'arrière de l'aile, et les zones claires sur l'aile antérieure sont de couleur paille ou crème. Chez les deux sexes, le dessous de l'aile postérieure est brun terne, avec une longue strie fauve au centre, deux stries pâles plus courtes du côté anal, et une autre du côté costal. Envergure : 27 à 34 mm.

Sous-espèces : Deux sous-espèces ont été décrites, mais seule la sous-espèce nominale se rencontre au Canada.

Répartition géographique : Le Poanes viator est présent dans une bonne partie du nord des États-Unis, de la côte de l'Atlantique au Dakota du Nord. Au Canada, il se rencontre dans tout le sud de l'Ontario jusqu'au comté de Renfrew, au nord, et dans le sud-ouest du Québec jusqu'à Sorel, au nord-est. Des mentions isolées attestent de sa présence au Lac des Bois et à Keewatin, dans le nord-ouest de l'Ontario, et dans le parc provincial Whiteshell, dans le sud-est du Manitoba.


Données sur les collections de spécimens


Espèces semblables : L'hespérie voyageuse se distingue des autres hespéries associées aux cariçaies en compagnie desquelles elle pourrait être observée à la forme arrondie et aux dessins particuliers de ses ailes.

Stades immatures : Au Canada, l'hespérie voyageuse se nourrit uniquement sur le carex lacustre (Carex lacustris) et le carex rostré (C. rostrata), deux espèces à feuilles larges. La chenille est apparemment non décrite, mais selon les données disponibles, elle vivrait dans un abri aménagé avec peu de soie entre une feuille et la tige. On ignore où elle hiberne. La plupart des cariçaies se trouvent dans des habitats submergés toute l'année d'une faible couche d'eau, et nombre d'entre elles sont totalement submergées à la fin de l'hiver et au printemps. Les chenilles de certaines espèces de papillons nocturnes (p. ex. Noctuidae : Bellura spp.) sont capables de rejoindre la rive en nageant d'un mouvement serpentin. C'est peut-être le cas de la chenille de l'hespérie voyageuse.

Abondance : Cette espèce forme des populations extrêmement localisées, mais elle peut être abondante au sein des colonies.

Période de vol : L'hespérie voyageuse vole de la fin de juin au milieu d'août, mais elle est plus commune vers le milieu de juillet. Elle produit une seule génération par année au Canada, mais au moins deux aux États-Unis.

Comportement et habitat : Comme l'hespérie des roseaux, l'hespérie voyageuse est confinée aux cariçaies, constituées dans ce cas-ci d'espèces à feuilles larges. Ces peuplements sont généralement étroits, mais ils s'étendent habituellement sur une assez longue distance le long des routes. Il est rarement possible de capturer des hespéries voyageuses sans se mouiller les pieds, bien que les adultes se nourrissent parfois sur des fleurs d'asclépiade ou de vesce jargeau à l'intérieur ou autour des cariçaies. L'hespérie voyageuse a un vol très faible et se déplace normalement entre les tiges de carex, ne s'élevant presque jamais au-dessus des plants et refusant habituellement de se laisser entraîner hors du peuplement. En 1980, dans une localité de l'est de l'Ontario, une colonie d'hespérie voyageuse a été trouvée directement à côté d'une colonie d'hespérie des roseaux. Les deux cariçaies se trouvaient du même côté d'une route et se rejoignaient en plusieurs endroits. Durant deux séances d'observation de plusieurs heures chacune, aucune des deux espèces ne s'est aventurée dans le territoire de l'autre.

Observations : Les exigences très strictes de l'hespérie voyageuse à l'égard de l'habitat et son habitude de voler parmi les tiges de carex expliquent probablement pourquoi cette espèce n'a jamais été observée avant 1977 dans la région d'Ottawa, pourtant explorée de façon intensive par les collectionneurs de papillons depuis plus d'un siècle. Depuis que son habitat est connu, plus de 60 colonies y ont été découvertes.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.