Hespérie des graminées (Thymelicus lineola) (Ochsenheimer, 1808)

Description : Cette petite hespérie (envergure : 19 à 26 mm) a le dessus des ailes orange cuivré brillant, étroitement marginé de noir, avec les nervures surlignées de noir apicalement. Chez le mâle, l'aile antérieure porte un ptérostigma noir très étroit; chez la femelle, l'extrémité de la cellule discoïdale de l'aile antérieure est habituellement marquée d'une fine nervure noire verticale. En dessous, l'aile antérieure est orange pâle, et l'aile postérieure, brun grisâtre. Une forme très pâle (forme « pallida ») est observée à l'occasion.

Sous-espèces : Seule la sous-espèce nominale se rencontre en Amérique du Nord.

Répartition géographique : Le Thymelicus lineola est répandu dans toute l'Eurasie tempérée et le nord-ouest de l'Afrique. Depuis son introduction en Amérique du Nord, il s'est propagé à tout le nord-est des États-Unis et l'est du Canada depuis Terre-Neuve jusque dans le sud-est du Manitoba. Des colonies isolées sont établies en Saskatchewan, en Alberta, dans le centre et le sud de la Colombie-Britannique et le long de la route de la baie James, dans le nord du Québec.


Données sur les collections de spécimens

Espèces semblables : Aucune.

La description de cette image suit.
Hespérie des graminées (Thymelicus lineola lineola), chenille. W. Lukey

Stades immatures : La chenille est verte, avec une bande dorsale foncée et des bandes subdorsale et latérale blanchâtres. La tête est vert blanchâtre, avec trois barres verticales brun rougeâtre séparées par deux barres blanches. L'hespérie des graminées affiche une préférence pour la fléole des prés (Phleum pratense), mais elle se nourrit également d'autres graminées, comme le dactyle pelotonné (Dactylis glomerata) et le chiendent commun (Agropyron repens). Les oeufs sont déposés par groupes pouvant comprendre jusqu'à 30 oeufs sur la gaine des feuilles ou l'épi de la plante hôte. Le T. lineola est la seule hespérie nord-américaine qui hiberne au stade d'oeuf.

Abondance : Dans de nombreuses régions de l'Est, cette espèce est incroyablement abondante, ses effectifs surclassant ceux de toutes les autres espèces d'hespéries confondues. Même près d'une centaine d'années après son introduction, cette espèce ne semble pas encore avoir été découverte par les parasitoïdes indigènes.

Période de vol : L'hespérie des graminées produit une seule génération par année. Dans la plupart des régions, les adultes sont présents du début de juin au milieu de juillet, mais à Terre-Neuve, la période de vol s'étend jusqu'à la mi-août.

Comportement et habitat : Plus abondante dans les régions agricoles où la fléole des prés est cultivée comme fourrage, l'hespérie des graminées se rencontre aujourd'hui à l'échelle de son aire dans pratiquement tous les types d'habitats herbeux, y compris les parcs et jardins urbains, les clairières et sentiers forestiers, les marais, les lisières de tourbière et les bords de route.

Observations : L'hespérie des graminées doit à sa propriété d'hiberner au stade d'oeuf son introduction en Amérique du Nord près de London, en Ontario, vers 1910, dans des graines de fléole des prés contaminées. Même les techniques modernes de purification de la semence n'éliminent pas tous les oeufs. Pis encore, les déchets, qui contiennent de très grandes quantités d'oeufs, sont parfois combinés au fourrage et transportés. De nouvelles introductions se produisent encore. Lors de la construction de la route de la baie James, à la fin des années 1970, on a semé des espèces méridionales de trèfles et de graminées, dont la fléole des prés, pour stabiliser les bords de route dans les régions argileuses. On a probablement utilisé pour ce faire de la semence mélangée non purifiée provenant de l'ouest du Québec. Ces travaux d'aménagement ont créé un habitat propice pour l'hespérie des graminées, qui est depuis devenue l'espèce de papillon diurne la plus commune à la mi-juillet sur de vastes tronçons de la route, au moins jusqu'à la rivière Rupert vers le nord. Ceci n'a rien de bien surprenant, car l'espèce se rencontre dans le nord de l'Europe jusqu'au 62parallèle. Il se peut donc que la propagation de l'hespérie des graminées dans des régions plus éloignées au Canada ait été empêchée uniquement par l'absence d'habitats favorables.

© 2003. Traduit de l'anglais avec la permission de Ross A. Layberry, Peter W. Hall et J. Donald Lafontaine (The Butterflies of Canada, University of Toronto Press; 1998). Photos de spécimens courtoisie de John T. Fowler.