Notes taxonomiques sur les noctuidae d'Amérique du Nord


Notes taxonomiques sur les Noctuidae d'Amérique du Nord 1
Incidence de l'ouvrage Noctuidae, vol. 4: Hadeninae I
J. Donald Lafontaine et James T. Troubridge
Collection nationale canadienne d'insectes, arachnides et nématodes
Agriculture et Agroalimentaire Canada, Ottawa (Ont.) K1A 0C6
Courriel : "LafontaineD@agr.gc.ca" et "TroubridgeJ@agr.gc.ca"

L'ouvrage récent Noctuidae, vol. 4: Hadeninae I de H. Hacker, L. Ronkay et M. Hreblay (2002) examine l'entomofaune européenne des tribus des Hadenini et des Mythimnini de la sous-famille des Hadeninae. Cette faune recoupe la plus grande partie des Hadeninae listés dans l'ouvrage Check List of the Lepidoptera of America North of Mexico (Hodges et al., 1983).

Les éléments suivants présentés dans Hacker et al. (2002) ont une incidence directe sur la classification des deux tribus en Amérique du Nord :

1. Le genre Discestra Hampson, 1905 est considéré comme synonyme du genre Hadula Staudinger, 1889. On compte actuellement en Amérique du Nord 15 espèces classées dans le genre Discestra.

2. « Anarta » melanopa (Thunberg) est considéré comme une espèce holarctique (comme dans la liste Moths of North America) et est transféré dans le genre Hadula.

3. Le groupe d'« Anarta » cordigera (Grote) [qui comprend en Amérique du Nord A. luteola (Grote & Robinson) et A. macrostigma Lafontaine & Mikkola, et, en Asie, A. carbonaria Christoph] est placé dans le genre Coranarta Hacker, 1998.

4. Le genre Anartomima Boursin, 1952, qui comprend A. secedens (Walker) en Amérique du Nord et en Eurasie, est considéré comme synonyme de Lasionycta Aurivillius, 1892.

5. Le genre Mythimna Ochsenheimer, 1816, considéré antérieurement comme un genre unique(Mythimna) en Eurasie et comme renfermant trois genres (Aletia Hübner, [1821],Pseudaletia Franclemont, 1951, et Leucania Ochsenheimer, 1816) en Amérique du Nord, est divisé en deux genres, Aletia étant considéré comme synonyme de Mythimna (sensu stricto), Pseudaletia comme un sous-genre du genre Mythimna, et Leucania comme un genre valide.

Après avoir considéré les incidences possibles de ces changements taxonomiques pour l'entomofaune nord-américaine et examiné les préparations de genitalia des espèces nord-américaines et eurasiennes pertinentes (incluant leurs divers génotypes), nous proposons les usages suivants pour l'Amérique du Nord :

1. Nous proposons de maintenir le genre Discestra pour le moment. On n'a pas tenu comptedes genres nord-américains dans la révision européenne, et comme les espèces des genres Trichoclea Grote, 1883 et Hadula Staudinger, 1889 appartiennent en fait à unmême genre et que le nom Trichoclea est le plus ancien, c'est ce dernier qu'il faudrait retenir. En outre, Anarta Ochsenheimer, 1816 (espèce type : Phalaena myrtilli Linnaeus), genre superficiellement très différent mais structuralement proche des genres Hadula et Trichoclea, pourrait être le nom de genre approprié pour l'ensemble de ce groupe. Comme ce groupe de genres est actuellement révisé par Tim McCabe dans le cadre de la préparation d'un fascicule pour la liste Moths of North America, nous préférons pour l'Amérique du Nord proposer le statu quo jusqu'à ce que cette révision soit publiée.

2. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, nous laissons melanopa (Thunberg) dans le genre Anarta jusqu'à ce que la révision de McCabe soit publiée.

Nous ne convenons pas que « A. » melanopa doive être considéré comme une espèce holarctique. Après avoir examiné des préparations de genitalia de spécimens dediverses régions de l'aire de répartition de melanopa [p. ex. Finlande, Autriche, Suisse, Russie (monts Altaï) et Japon] et les avoir comparées à celles de spécimens d'Amérique du Nord (Yukon, Colombie-Britannique, New Hampshire et Labrador), nous avons observé de nombreuses différences systématiques qui selon nous indiquent l'existence de deux espèces distinctes. Plus précisément, le sclérite qui s'étend antéroventralement depuis le digitus, qui est en forme de plaque et situé à l'angle costal de la valve, jusqu'au bord ventral du sacculus affiche une ondulation prononcée qui dessine un W à la suture avec le bord ventral du processus sacculaire chez melanopa, alors que ce sclérite affiche une courbure régulière chez « Anarta » nigrolunata Packard, statut révisé; de plus, le sacculus de nigrolunata est beaucoup plus petitque celui de melanopa, le processus sacculaire est plus étroit, ne s'étendant pas vers le bas jusqu'au bord ventral de la valve comme chez melanopa, et le digitus en forme deplaque et situé à l'angle costal de la valve s'étend jusqu'à environ le tiers de la largeur de la valve alors qu'elle s'étend jusqu'à plus de la moitié de la largeur de la valve chez melanopa (voir les figures 1 à 3). Par ailleurs, certaines différences moins importantes mais peut-être significatives entre les structures génitales de populations de Fennoscandie, des Alpes et du Japon laissent penser qu'une réévaluation du statut de melanopa dans l'Ancien Monde s'avère nécessaire.

3. Le groupe d'« Anarta » cordigera (Grote) comprend cinq espèces (trois palé arctiques et deux nord-américaines). Ces espèces ont été transférées dans le genre Coranarta par Hacker (1998) et examinées en détails par Yela (2002). Ce groupe d'espèces est structuralement très distinct d'Anarta Ochsenheimer, 1816 (espèce type : Phalaenamyrtilli Linnaeus) et nous considérons que Coranarta est le nom de genre valide pour Coranarta luteola (Grote & Robinson) et C. macrostigma (Lafontaine & Mikkola) en Amérique du Nord.

4. Le genre Anartomima Boursin est sur le plan des structures anatomiques à l'intérieur de la variation affichée par les Lasionycta de l'Ancien Monde. Diverses lignées au sein des genres nord-américains Lacinipolia McDunnough, 1937, et Trichocerapoda Benjamin, 1932, sont étroitement apparentées à Lasionycta, et ces genres devront aussi être réarrangés quand les limites du genre Lasionycta pour la région holarctique seront revues.

5. Les genres Mythimna Ochsenheimer et Leucania sont structuralement si différents que l'idée de grouper l'ensemble du complexe sous le genre Mythimna a été très peu défendue en Amérique du Nord. Aletia est structuralement tellement proche deMythimna qu'il n'est pas justifié de le conserver; Franclemont (1951) a limité le genre Mythimna à l'espèce turca (Linnaeus) et aux espèces immédiatement apparentées ense basant principalement sur le fait que les espèces de ce groupe ont une apparence trapue par rapport aux espèces qu'il a classées dans le genre Aletia. Pseudaletia se distingue de Mythimna principalement par la plus grande taille du saccule, mais il y est semblable pour la plupart des autres caractères. Le fait de le considérer comme un sous-genre de Mythimna paraît être un compromis raisonnable, vu particulièrement la variation observée parmi les diverses lignées de Mythimna de l'Ancien Monde. Conséquemment, nous proposons de transférer les espèces nord-américaines d'Aletia et de Pseudaletia dans le genre Mythimna comme suit :

Mythimna (Mythimna) oxygala (Grote), nouv. comb.

Mythimna (Mythimna) yukonensis (Hampson), nouv. comb.

Mythimna (Pseudaletia) unipuncta (Haworth)

Mythimna (Pseudaletia) sequax (Franclemont), nouv. comb..

Références

Franclemont J.G.. 1951. The species of the Leucania unipuncta group, with a discussion of the generic names for the various segregates of Leucania in North America. Entomological Society of Washington, 53: 57-85.

Hacker H. 1998. Revision der Gattung Hadula Staudinger, 1889 (= Discestra Hampson, 1905; =Aglossestra Hampson, 1905; (= Cardiestra Boursin, 1963); Anartomorpha Alpéraky, 1892, Trichanarta Hampson, 1895, Anarta Ochsenheimer, 1816 und Cardepia Hampson, 1905) mit Beschreibung einer neuen Gattung Hadumorpha gen. n. (Lepidoptera, Noctuidae). Esperiana, 6: 577-843.

Hacker H, L Ronkay et M Hreblay. 2002. Noctuidae Europaeae. Vol. 5, Hadeninae I. 1-419. Sorø:Entomological Press.

Hodges R W. et al. 1983. Check List of the Lepidoptera of America North of Mexico. xxiv +284 pp. London: E. W. Classey Ltd. Et The Wedge Entomological Research Foundation.

Yela J. L.. 2002. The internal genitalia as a taxonomic tool: description of the relict endemic moth, Coranarta restricta n. sp. from the Iberian Peninsula (Lepidoptera, Noctuidae). Entomologica Fennica, 13: 1-12.